Rehabilitation International logo

return to home page


Volume 25-2003

 

Un sur Dix

 

Une publication de Rehabilitation InternationalE en collaboration avec l’Unicef sur les enfants handicapés.

 

Les enfants handicapés en Afrique

 

Photo: Chioma Okeke lit son poème, “Je peus le faire, je peus le faire” à une réunion scolaire au Nigéria.

 

Table

 

Une décénie Africaine de personnes handicapées……… 2

Un tournant pour les personnes handicapées?…………  3

Séropositivité/SIDA et les handicaps …….………………5

Briser le silence sur la séropositivité……………………...7

Enquête globale séropositivité/SIDA………………….…..8

Passer le message aux enfants par l’éducation……………9

Education: le cas de l’Ouganda……………………………10

Faire participer les enfants en Afrique du Sud…………..11

Travailler en Ethiopie………………………………………14

Lumières sur Loide Hango…………………………………16

Lumières sur Charles Boakye………………………………16

Faire entendre les voix des femmes et des jeunes………….17

Compte rendu de films………………………………………17

Les femmes et les petites filles en Namibie…………………18

Ressources…………………………………………………….19

 

Note de l’éditeur:  Cette année marque le point médian de la décénie africaine des personnes handicapées (1999-2009) et c’est pourquoi nous consacrons ce volume d’Un sur Dix aux problèmes des enfants handicapés sur tout le continent africain.  Shuaib Chalklen, Directeur du Secrétariat pour la Décénie Africaine déclare que “l’objectif principal de la décénie est la pleine participation, l’égalité, et l’indépendance des personnes handicapées en Afrique.”  C’est à ces fins que les problèmes de la pauvreté, de l’éducation et de l’emploi ainsi que la prise de conscience de la séropositivité et du SIDA parmi les personnes handicapées doivent être abordés.  Dans ce numéro, Nora Groce décrit le manque d’attention portée aux risques de séropositivité et de SIDA pour les personnes handicapées.  Alexia Ncube explique comment les femmes et les petites filles handicapées se défendent contre ces risques en Namibie, et Phitalis Were Masakhwe réfléchit à ce que la décénie africaine pour les personnes handicapées peut accomplir.  Enfin, comme il est déclaré dans un des articles sur l’education, “il est temps de répondre aux enfants handicapés.”

 

PAGE 2

 

Entretien avec Shuaib Chalklen, Directeur du Secrétariat pour la Décénie Africaine des Personnes Handicapées par Michele Morgan, Coordinatrice de Programmes, R.I.

 

La Décénie Africaine des Personnes Handicapées (1999-2009) est le résultat d’une recommandation faite par la Commission du Travail et des Affaires Sociales de l’Organization pour l’Unité Africaine (à présent l’Union Africaine).  Pouvez-vous décrire les objectifs de la Décénie Africaine?

 

La Décénie Africaine fut créée à l’initiative de l’Union Africaine et soutenue par les Organisations des Personnes Handicapées d’Afrique (OPH).  L’objectif principal de la Décénie fut de développer et de renforcer les organisations des personnes handicapées afin qu’elles puissent travailler en collaboration avec les gouvernements pour promouvoir l’égalité des chances pour les personnes handicapées au niveau local, national, régional et continental.  L’objectif final de la Décénie est la pleine participation, l’égalité et l’indépendance des personnes handicapées d’Afrique.

 

Les objectifs plus spécifiques de la Décénie sont mentionnés en détail dans le Plan d’Action Continental pour la Décénie Africaine des Personnes Handicapées.  Ces objectifs comprennent: la formulation et la mise en oeuvre de politiques nationales, de programmes et de processus législatifs pour promouvoir la pleine et égale participation des personnes handicapées; la participation des personnes handicapées dans le processus de développement économique et social;  l’auto-représentation des personnes handicapées dans toutes les structures publiques de prises de décision;  des services améliorés d’assistance pour les personnes handicapées; des mesures spéciales pour les enfants, les jeunes, les femmes et les personnes agées handicapées, l’accès garanti et rendu plus aisé à la réhabilitation, à l’éducation,à la formation, à l’emploi, aux sports et à l’infrastructure culturelle, ainsi qu’à l’environnement physique; la prévention des handicaps; la promotion et la protection des droits des handicapés en tant que droits humains; le développement et le renforcement des OPH; la mobilisation des ressources; et la promotion de programmes qui améliorent la prise de conscience des handicaps.

 

Pouvez vous nous parler un peu de votre bureau et du rôle que joue le secrétariat?

 

Le secrétariat de la Décénie Africaine des Personnes Handicapées est basée à Cape Town, en Afrique du Sud.  Il fut mis en place légalement en Décembre 2003 afin de coordonner les activités de la Décénie.  Son but est de mobiliser les OPH et les gouvernements autour du Plan d’Action Continental qui met en oeuvre les activités prioritaires ayant traits aux handicaps pendant la Décénie Africaine, dont la formulation des programmes nationaux pour les problèmes des handicaps.

 

Plus particulièrement, la raison d’être de notre bureau est de rendre les OPH plus à mème de réaliser leurs projets, d’aider la formation des politiques d’action et de promouvoir le partage des connaissances parmi les OPH et les gouvernements, d’améliorer les compétences de direction parmi les OPH, et de promouvoir une forte prise de conscience des problèmes liés aux disparités sexuelles.

 

Quels sont les obstacles majeurs auxquels se heurte la Décénie Africaine?

 

Les obstacles majeurs sont le manque de ressources—financières et humaines.  La Décénie Africaine a connu des débuts difficiles dûs en grande partie au manque d’argent.  Les subventions dont elle dispose à présent proviennent principalement des agences suédoises et danoises.

 

Commentaire Photo: Shuaib Chalklen au Groupe de Travail pour une Convention des Handicaps, Nations Unies, Janvier 2004.

 

(Suite à la page suivante)

 

PAGE 3

 

Cette année marque la cinquième année de la DécénieAafricaine.  Qu’est ce que vous espérez accomplir dans les années qui viennent?

 

Nous espérons accomplir une forte intégration des OPH aux niveaux continental, régional, national et local, et influencer les gouvernements nationaux pour ce qui concernent les allocations de ressources.

 

Quel impact est-ce-qu’une Convention des Droits des Personnes Handicapées aura sur la Décénie Africaine?

 

La Convention est un instrument vital pour renforcer les capacités d’action des personnes handicapées.  Elle aide les gens à comprendre l’environnement légal dans lequel peuvent s’exercer les droits des handicapés et les droits humains.  De plus, les personnes handicapées peuvent ainsi jouer un rôle clef dans la rédaction de la Convention.  Une Convention des Droits des Personnes Handicapées offrira un programme d’action au sein des nations et entre les nations, qui sera utile au Secrétariat et aux nombreuses personnes qui travaillent à mettre en oeuvre les objectifs de la Décénie Africaine des Personnes Handicapées.

 

La Conférence Nationale du Kenya sur les Handicaps: un tournant pour les personnes handicapées?

Par Phitalis Were Masakhewe

 

En Janvier, le Kenya a recu la première Conférence Nationale sur la Décénie Africaine des Personnes Handicapées, 1999-2009.  Malgré un développement tardif, cette conférence devrait annoncer une nouvelle ère pour les personnes handicapées.  Est-ce qu’elle sera en mesure de faire cela?  Et tout d’abord, qu’est ce que la Décénie Africaine des Personnes Handicapées?  Quelles sont ses origines et ses objectifs?  Qu’est ce qu’on espère de cette Décénie?  Est-ce-que ce sera une nouvelle Décénie perdue?  La Décénie a ses origines dans La Décénie des Nations Unies pour les Personnes Handicapées.

La Décénie de l’ONU pour les Personnes Handicapées (1983-1992) fut une période pendant laquelle les états membres des Nations Unies devaient mettre en oeuvre le Programme d’Action Mondial pour les Personnes Handicapées.  Cette Décénie a nourri bien des espoirs de la part des personnes handicapées du monde entier.  On espérait notamment qu’après la Décénie de l’ONU, la qualité de vie des personnes handicapées dans le monde serait améliorée et que ces personnes feraient enfin partie des sociétés à part entière.  Alors que certains états ont accompli des progrès notables pendant la Décénie, d’autres ont laissé passer l’occasion.

 

Les Résultats Inégaux de la décénie de l’ONU.

 

Les succès de la Décénie de l’ONU furent plus prononcés dans l’Hémisphère Nord que partout ailleurs.  Ils ont permis aux personnes handicapées de se rencontrer au niveau global pour dicuter de leurs problèmes particuliers. A la suite de ces discussions des progrès dans les comportements eurent lieu dans certaines parties du monde.  Par ailleurs, ces succès menèrent à l’articulation des Règles Standard sur l’Egalisation des Chances pour les Personnes Handicapées, ainsi qu’à la création de plus d’organisations de personnes handicapées pendant cette décénie qu’à aucune autre époque, ainsi qu’ au renforcements de celles qui existaient déjà.  Enfin, ces succès menèrent à la création de l’Institut Africain de Réhabilitation (IAR) par l’Organisation de l’Unité Africaine.

 

Cependant cette Décénie aurait pu être l’occasion de plus grand progrès. La Décénie de l’ONU fut en grande partie, une approche globale des problèmes des handicaps, et les solutions proposées sont restées plutôt générales et globales, ou alors fondées sur l’idée erronée que toutes les ressources économiques et techniques étaient disponibles partout.  Les problèmes particuliers aux personnes handicapées dans les pays en voie de développement auraient en effet dû faire l’objet de plus d’attention.  L’expérience de la Décénie de l’ONU permit a de nombreuses personnes de se rendre compte qu’une Décénie des personnes handicapées dans des continents divers, dont l’Afrique, permettrait une approche locale des problèmes des handicaps ainsi que des solutions locales.

 

La décénie africaine mène àla Conférence du Kenya

 

Dans la même veine, le Plan d’Action Continentale pour la Décénie Africaine des Personnes Handicapées appelle les états membres de l’Union Africaine (UA) à assimiler et à appliquer les objectifs de la Décénie.  Les états membres doivent se rencontrer, réfléchir et développer des stratégies nationales et des plans pour la Décénie.  Ainsi, il était approprié que la première Conférence Nationale du Kenya sur la Décénie, qui eut lieu du 18 au 23 Janvier 2004 à Mombasa, prit pour thème: “Kenya: Réflection et Action.”

 

(Suite sur la page Suivante)

 

PAGE 4

Pour commencer, l’objectif de la Décénie Africaine des Personnes Handicapées est la pleine participation, l’égalité et l’indépendance des personnes handicapées en Afrique. La conférence de Mombasa avait tracéles objectifs suivants: développer et lancer le Plan d’Action de la Décénie, explorer le statut des personnes handicapées au Kenya et articuler un plan d’action qui corresponde objectifs de la Décénie, pour partager les expériences de la Décénie dans les autres pays, et pour développer et mettre en place des mécanismes appropriés à chaque cas.

 

La conférence organisée par le ministère des rapport entre les sexes, des sports, de la culture et des services sociaux, deux ONG et l’Union des Personnes Handicapées du Kenya (UPHK) ont réuni une assemblée de réprésentants du gouvernement, acteurs dans les organisations civiles et à base religieuse, des professionnels eminents et des défenseurs des personnes handicapées faisant partie du domaine public, privé, de la société civile et des médias.

 

Le comité national de direction de la conférence a soigneusement choisi ce qui devait être discuté et pris en compte dans la stratégie nationale et le plan.  Les sujets inclurent une discussion sur les instruments des droits humains internationaux  qui relèvent des personnes handicapées, du développement historique de la Décénie Africaine, des expériences et les leçons apprises de la Décénie de l’Asie Pacifique, de la pauvreté, du développement et des handicaps, de la provision de services et des handicaps, du problème d’un plan universel, de l’éducation, de la santé et de la formation, les handicaps et les médias, les organisations des personnes handicapées dynamiques et ayant une voix, les sexes, les parents, la vieillesse et les enfants handicapés, et la nouvelle déclaration Kenyanne pour les personnes handicapées de 2003.

 

Jusqu’à maintenant tout cela parait bien.  Mais est- ce- que cette conférence sera un tournant dans l’histoire des personnes handicapées?  Est ce que cette conférence mènera à une renaissance du travail Kenyan pour les handicaps?  Est ce qu’elle galvanisera la conscience nationale et l’engagement vis-à-vis de la question des personnes handicapées?  En effet cela devrait être le cas!

 

La marche en avant au Kenya

 

Un regard porté aux domaines clef de la stratégie de rédaction et de plan pourrait être utile.  Les délégués sont généralement tombés d’accord sur les problèmes les plus importants de la Décénie du Kenya:

 

Il faut qu’ait lieu un phénomène massif de prise de conscience  des enjeux de la Décénie à travers le pays.  Le Ministère de l’Information et du Tourisme, les partenaires de développement, dont certains d’entre eux étaient représentés à cette conférence, tels que l’UNDP et USAID auront besoin de se ré-engager moralement et matériellement pour soutenir la mise en oeuvre non seulement de la stratégie et du plan pour la Décénie, mais aussi de la mise en place de la nouvelle déclaration pour les kenyans handicapés de 2003.

 

Les délégués ont également recommandé:

 

  • La formation des personnes handicapées à l’utilisation des médias comme instrument de défense efficace;
  • Une stratégie efficace pour augmenter l’auto-représentation des personnes handicapées;
  • L’inclusion d’un membre du Parlement Kenyan pour participer au parlement de l’Union Africaine;
  • L’établissement d’un Secrétariat Kenyan sur la Décénie Africaine;
  • Le soutien d’une convention africaine sur les droits des personnes handicapées;
  • Le soutien pour et la reconnaissance officielle du langage tactile et du langage des signes;
  • L’établissement de bureaux sur les handicaps dans tous les ministères gouvernementaux; et
  • Un census national sur les personnes handicapées.

 

Phitalis Were Masakhwe est un commentateur régulier sur les handicaps et le développment et peut être contacté à Phitalisw@amrefke.org.

 

PAGE 5

 

HIV/AIDS et les personnes handicapées

 

Par Nora Ellen Groce, Ph.D, Yale University

Nora.groce@yale.edu

Réimprimé avec la permission du Lancet, vol. 361, Avril 26, 2003, p. 1401-1402

 

Même si les chercheurs du SIDA ont deja fait des études sur les effets handicapants de la séropositivité et du SIDA sur des personnes qui avaient été en bonne santé avant de contracter la maladie, les risques d’infection des individus ayant un handicap sensoriel, intellectual ou mental a fait l’objet de très peu d’intérêt.  On assume généralement que les individus handicapés ne sont pas des personnes à risque.  Par ailleurs on assume également que les personnes handicapées n’ont pas de vie sexuelle active, qu’ils sont peu susceptibles de prendre de la drogue, et qu’elles sont moins susceptibles que les autres de subir des violence ou d’être violées.  Cependant, des recherches de plus en plus approfondies indiquent que ces personnes sont en fait plus exposées aux facteurs de risque de séropositivité et de SIDA.  Dans un article récent, par exemple, S. Blumberg and W. Dickey (1) analysent les résultats du sondage de la Santé Nationale des Etats Unis de 1999, et démontrent que les personnes adultes ayant des problèmes de santé sont plus susceptibles d’être infectés, et d’être testés, et qu’elles peuvent s’attendre à être testées dans les 12 prochains mois, ce qui réprésente beaucoup plus que pour le reste de la population.

 

Ces résultats en ce qui concerne les personnes handicapées ne doivent pas surprendre.  Les facteurs de risques sont élevés pour les populations handicapées du monde entier. Par exemple, en dépit des préjugés vis à vis de la vie sexuelle des personnes handicapées, les handicapés, et en particulier les femmes, tendent à avoir plus de partenaires sexuels que les femmes non-handicapées.  L’extrême pauvreté et les préjugés sociaux vis-à-vis du mariage avec les personnes handicapées amène souvent les personnes handicapées à ne vivre que des relations sentimentales instables. (2)  Les personnes handicapées (males et femelles) dans le monde entier sont plus susceptibles d’être victimes de sévices sexuels et de viols que les personnes non-handicapées.  Des facteurs tels que le niveau de vulnérabilité physique, le besoin de soins à domicile, la vie en institution, et le préjugé presque universel qui consiste à penser que les personnes handicapées ne sont pas des témoins fiables même lorsqu’il s’agit d’elles mêmes, contribuent à faire des personnes handicapées des cibles pour les prédateurs. (3, 4)  Dans les cultures dans lesquelles on croit que les personnes séropositives peuvent se débarasser du virus en ayant des rapports sexuels avec des vierges, il y eut une augmentation considérable des viols d’enfants et d’adultes handicapés.  Souvent considérés comme étant vierges, les handicapés sont ciblés. (5)  Dans certains pays, les parents d’enfants intellectuellement handicapés décrivent ces viols comme étant leur principale source d’inquiétude. Alors que la bisexualité et l’homosexualité sont répandues dans les deux groupes, la prise de conscience des risques de séropositivité et du SIDA ainsi que celle des moyens de prévention sont faibles chez les adultes sourds et chez ceux qui sont intellectuellement handicapés. (6)  Les personnes  handicapées sont également plus susceptibles de consommer de la drogue alors qu’elles ont moins facilement accès aux formes d’assistance qui existent pour les drogués non-handicapés. On estime que 30% des enfants des rues ont un handicap et ces jeunes gens sont rarement touchés par les campagnes de prévention. (5)

 

Par ailleurs, les niveaux d’alphabétisation pour les personnes handicapées sont exceptionnellement bas: selon une étude l’alphabétisation des personnes handicapées est de 3% au niveau global, ce qui rend la communication des messages concernant la séropositivité et le SIDA d’autant plus difficile.  Les programmes d’éducation sexuelle pour les handicapés sont rares,(8-10) et il n’y a pratiquement pas de campagnes de sensibilisation aux risques de séropositivité et de SIDA qui ciblent les populations handicapées.  En effet, là où les campagnes sur le SIDA passent à la radio et à la télévision les handicapés ont un désavantage évident.

 

Encadré:  Un nombre croissant de recherches indique que les personnes handicapées sont plus exposées pour chaque facteur de risque lié à la séropositivité et au SIDA.

 

Encadré: Les taux d’alphabétisation pour les personnes handicapées sont exceptionnellement bas, ce qui rend la communication des messages sur la séropositivité et le SIDA particulièrement difficile.

 

(suite page suivante)


PAGE 6

 

Le futur des personnes handicapées séropositives est particulièrement sombre.  Alors qu’on sait peu de choses sur l’accès aux soins pour les personnes séropositives ainsi que pour les personnes atteintes du SIDA, les citoyens handicapés ont généralement accès à moins de services de santé que les autres. (12, 13)  En effet, les soins sont souvent trop chers pour les personnes handicapées, souvent pauvres; par ailleurs, ils leurs sont parfois inaccessibles—les escalierss des cliniques sont souvent des obstacles insurmontables pour les personnes en fauteuil roulant, et les consultations médicales sans interprète en langage des signes sont souvent inutiles pour la plupart des personnes non-entendantes.

 

Nous savons encore peu de choses sur les rapports entre les handicaps  et séropositivité/ SIDA.  Quelques études seulement ont evalué la corelativité entre ces phénomènes, (14, 15) et il n’existe pas encore de données de corelativité pour les populations handicapées de l’Afrique Sub-Saharienne, de l’Asie, de l’Europe, de l’Amérique Centrale et du Sud, ou des Caraïbes.  Et pourtant, des récits toujours plus nombreux provenant de défenseurs des personnes handicapées dans le monde entier font remarquer les taux considérables d’infection, de maladie et de mortalité. (16)  Pendant les dix dernières années, peu d’articles ont été publiés sur des programmes et des interventions pilotes pour les personnes adultes handicapées intellectuellement, ou sur des services ciblant les adolescents sourds. (17, 18)  Ces projets sont souvent innovateurs, mais la plupart sont trés limités dans leur ampleur, et disposent de peu de moyens.  Le besoin de comprendre le problème séropositivité/SIDA chez les personnes handicapées au niveau global est réel.  Il faut élaborer et mettre en oeuvre programmes et politiques d’action d’une manière plus cohérente et à l’échelle globale.  Environ 600 millions de personnes vivent avec un handicap, et ces personnes sont parmi les plus pauvres, les moins éduquées, et les plus marginalisées de la population mondiale.  Ces personnes sont à haut risque de séropositivité/SIDA et c’est sur elles que l’attention doit se porter.  En Janvier 2003, la Banque Mondiale et l’Université de Yale ont initié une enquête mondiale sur la séropositivité et le SIDA focalisée sur une meilleure compréhension des relations entre les variables de l’épidémie actuelle ainsi que sur la meilleure manière d’intervenir et et d’encourager les efforts au niveau local.

 

Encadré: Le besoin de comprendre le problème séropositivité/SIDA chez les personnes handicapées au niveau global est réel.  Il faut élaborer et mettre en oeuvre programmes et politiques d’action d’une manière plus cohérente et à l’échelle globale.

 

References

 

1. Blumberg SJ, Dickey WC. Prevalence of HIV risk behaviors, risk

perceptions, and testing among US adults with mental disorders.

J Acquir Immune Defic Syndr 2003; 32: 77–79.

 

2. Economic and Social Commission for Asia and the Pacific. Hidden

sisters: women and girls with disabilities in the Asian Pacific region.

New York: United Nations, 1995.

 

3. Nosek MA, Howland CA, Hughes RB. The investigation of abuse and

women with disabilities: going beyond assumptions. Violence Against

Women 2001; 7: 477–99.

 

4. Chenoweth L. Violence and women with disabilities: silence and

paradox. Violence Against Women 1996; 2: 391–411

 

5. UNICEF. Global survey of adolescents with disability: an overview of

young people living with disabilities: their needs and their rights.

New York: UNICEF Inter-Divisional Working Group on Young People,

Programme Division, 1999.

 

6. Cambridge P. How far to gay? The politics of HIV in learning disability.

Disabil Soc 1997; 12: 427–53.

 

7. Helander E. Prejudice and dignity: an introduction to community-based

rehabilitation. New York: UNDP, 1993.

 

8. Collins P, Geller P, Miller S, Toro P, Susser E. Ourselves, our bodies,

our realities: an HIV prevention intervention for women with severe

mental illness. J Urban Health 2001; 78: 162–75.

 

9. Gaskins S. Special population: HIV/AIDS among the deaf and hard of

hearing. J Assoc Nurses AIDS Care 1999; 35: 75–78.

 

10. Robertson P, Bhate S, Bhate M. AIDS: education and adults with a

mental handicap. J Mental Def Res 1991; 35: 475–80.

.

11 UNAIDS. Report on the global HIV/AIDS epidemic 2002. New York:

Joint UN Programme on HIV/AIDS, 2002.

 

12. Altman BM. Does access to acute medical care imply access to

preventive care: a comparison of women with and without disabilities.

J Disabil Policy Stud 1997; 8: 99–128.

 

13. Lisher D, Richardson M, Levine P, Patrick D. Access to primary health

care among persons with disabilities in rural areas: a summary of the

literature. Rural J Health 1996; 12: 45–53.

 

14. Van Biema D. AIDS and the deaf. Time Magazine 1994; 143: 76–78.

 

15. Cournos F, Empfield M, Howarth E, Schrage H. HIV infection in state

hospitals: case reports and long-term management strategies.

Hosp Comm Psychiatry 1990; 41: 163–66.

 

16. Moore D. HIV/AIDS and deafness. Am Ann Deaf 1998; 143: 3.

 

17. Gaskins S. Special population: HIV/AIDS among the deaf and hard of

hearing. J Assoc Nurses AIDS Care 1999; 10: 75–77.

 

18. McGillivray J. Level of knowledge and risk of contracting HIV/AIDS

amongst young adults with mild/moderate intellectual disability.

J Appl Res Intellect Disabil 1999; 12: 113–26.

 

 

PAGE 7

 

 

Rompre le silence sur la Séropositivité

Par Omwa Ombara, extrait de  The Nation (Nairobi), 14 Janvier, 2004

 

“Le Sida n’a aucun handicap!” écrit Susan Mwikali sur le sable alors qu’elle court pieds nus sur la surface blanche de la plage de Serena à Mombasa.  Elle est suivie de loin par la Première Dame du Kenya, Madame Lucy Kibaki.  Elles sont en train de tourner le premier message publicitaire sur la séropositivité et le SIDA.

 

“Chanuka!” écrit Mwikali.

 

“Chanuka!” répond la Première Dame en echo.

 

Elles laissent derrière elles un long sillage de petites empreintes sur le sable.  Mwikali trébuche et tombe.  Lorsqu’elle essaye de l’aider à se relever, la Première Dame trébuche et tombe aussi.

 

Haletantes, elles rient en frottant le sable de leurs vêtements.  La Première Dame rit fort. Le rire de Mwikali est inaudible.

 

Cependant, alors qu’elles se tiennent la main et regardent les vagues effacer leurs empreintes, elles semblent partager le même langage: un sourire.

 

Mwikali, 23 ans, est non-entendante.  Elle fut la première finaliste dans la compétition Miss Capacité du Kenya il y a deux mois, et a récemment lancé le premier clip publicitaire sur la séropositivité et le SIDA en langage des signes, organisé par le Secrétariat Miss Capacité du Kenya en collaboration avec le(VCT) Service Volontaire de Conseil et de Test du Centre pour les non-entendants de Nairobi.

 

Alors que les Kenyans pensent que tout le monde connait le President Mwai Kibaki, il y a une portion de la population, en particulier celle vivant dans les zones rurales qui n’a pas accès au langage des signes, et qui ne savent ni qui il est, ni qu’il existe.

 

Ils ne l’ont jamais vu à la télévision et ne peuvent pas non plus lire les journaux ou écouter la radio.  Par conséquent, à moins que le président ne voyage à travers le pays avec un interprète et se présente, cette portion de la population ne le connaîtra jamais.

 

Prenez Charity Ngilu, par exemple.  Quelques personnes sourdes de la ville ont peut être vu sa photo des centaines de fois dans les journaux ou à la télévision montrant à son audience comment utiliser les préservatifs.  Mais à moins qu’un expert en langage des signes explique qui elle est et ce qu’elle fait, le ministre de la santé pourrait bien être n’importe qui.

 

Le manque d’information de base est tellement grave pour la communauté non-entendante que la campagne de sensibilisation au SIDA n’a eu que très peu d’impact.

 

Cette pauvreté d’information est ce qui a incité Mwikali à s’intéresser à la campagne de sensibilisation au SIDA.

Mwikali: “J’ai vu de nombreuses personnes sourdes mourir de maladies liées au SIDA, et souvent elles ne savaient même pas ce qui les avaient frappées.  Le message sur le SIDA doit toucher la communauté des non-entendants.  Le mot SIDA n’existe pas encore en langage des signes Kenyan, et nous devons en créer un aux fins de cette publicité.”

 

C’est ce dont s’est chargé le Programme Educatif du Centre National des Non-Entendants Séropositifs du Kenya, subventionné par le Conseil National du Contrôle du SIDA.  L’Association pour les Sourds de Nairobi a publié des documents sur le SIDA.

 

Les personnes non-entendantes ont besoin d’aides visuelles pour la campagne contre la séropositivité, mais aucune de ces aides n’a encore été développée au Kenya, et il n’y a pas non plus d’information sur le SIDA pour les personnes non-entendantes dans les institutions éducatives.  En fait, le langage des signes décrivant la sexualité n’a été développé que l’année dernière.

 

Mwikali explique que les personnes non-entendantes hésitent à aller à l’hopital même quand elles sont très malades parce qu’elles ont besoin d’un interprète qui peut leur demander jusqu’à 1000 shillings de l’heure.  Quelque fois les files d’attentes sont longues et elles doivent attendre pendant des heures, surtout dans les hôpitaux publics.

 

Les frais d’interprète vont au delà de ce que beaucoup de gens peuvent se permettre, alors ils se tiennent a distance ou choisissent l’option la plus simple: l’auto-diagnostique et l’auto-médication.

 

Mwikali remarque que la plupart des personnes non-entendantes ont des emplois qui ne rapportent pas beaucoup.

 

“Pour la plupart, ils sont nettoyeurs, menuisiers, vendeurs de bonbons ou employés d’hôpitaux qui poussent les chariots ou rangent les médicaments dans les placards.”

 

Commentaire photo:  Susan Mwikali fait le signe: “SIDA”

 

(Suite page suivante)


PAGE 8

“Ca n’est pas parce que nous sommes paresseux ou parce que nous ne pouvons pas faire des études universitaires.  Nous sommes incapacités par l’insensibilité du gouvernement qui ne nous offre pas l’environnement qui nous permettrait de faire des études.  Jusqu’en 1999, les personnes non-entendantes avaient un cursus éducatif qui ne leur permettait d’aller que jusqu’en troisième, apres quoi le Ministère de L’Education les envoyait dans des écoles techniques pour poursuivre des études non-universitaires. Le cursus du langage des signes enseigné dans les universités ne forme que les personnes entendantes à traduire.

 

“Comment voulez-vous former une communauté entière et décider qu’ils sont tous orientés vers la technique” demande Mwikali en riant de l’absurdité de la chose. Elle demande “Et que fait-on de ceux qui sont doués pour devenir avocats, docteurs ou secrétaires?  Qu’est ce qu’on est supposé faire avec toute notre intelligence?  Vendre des bonbons?

 

Un autre facteur qui décourage les personnes non-entendantes d’aller à l’hôpital et aux centres VCT est l’atteinte à la vie privée.  Une personne non-entendante avec une maladie sexuellement transmissiblese sent souvent humiliée, par exemple, surtout pendant l’examen médical, alors que l’interprète facilite la communication avec le médecin.

 

Les sujets qui touchent à la sexualité sont privés et les individus se sentent psychologiquement vulnérables.  Ils ont peur que l’interprète ne divulgue leur condition de santé.

 

Mwikali explique que son expérience de conseillère lui a appris que lorsqu’une personne non-entendante est diagnostiquée séropositive, l’interprète ne lui révèle généralement pas les résultats.  Elle ne prend conscience de leur état que par les ouï-dire de la communauté des non-entendants.

 

Elle explique: “même parmi les personnes non-entendantes, il y a un stigma attaché au SIDA.  A cause du manque d’information, nous sommes toujours au stade initial de la prise de conscience.  Personne ne sait vraiment ce qu’est la maladie, tout ce que nous savons c’est que c’est une étrange malédiction.”

 

Mwikali est fière d’avoir tourné le clip publicitaire avec la Première Dame.

 

Madame Kikaki: “C’est un domaine de la sensibilisation au SIDA qui a été négligé.  Je suis très heureuse de travailler avec Mwikali et de faire une différence dans la campagne de sensibilisation au SIDA auprès de la communauté des non-entendants.”

 

Aller à:  http://allafrica.com/stories/200401140005.html pour la version intégrale de l’article

 

 

L’Information est le pouvoir: Une enquête globale sur la séropositivité et le SIDA

 

Dans les années passées, Judy Heumann, Conseillère spéciale pour les Handicaps auprès de la Banque Mondiale, s’est unie avec deux alliés puissants pour entreprendre une enquête sur la séropositivité et le SIDA dans les populations handicapées— Nora Groce de l’Ecole de Santé Publique de Yale, et Debrework Zewdie, Directrice du Programme Global de la Banque Mondiale.  Le résultat de leur commun effort: une enquête à l’échelle globale fut distribuée à plus de 3000 organisations, défenseurs et activités en Juillet 2003, et a généré des centaines de réponses dans 57 pays.  Alors que la collection et l’analyse de l’enquête est toujours en cours, les résultats provisoires signalent les points suivants:

 

  • La séropositivité et le SIDA représentent un problème considérable et mal connu parmi les personnes handicapées dans le monde entier;
  • Alors que tous les individus handicapés risquent d’être infectés par le SIDA, les sous-groupes au sein de la population handicapée, et notamment les femmes handicapées, les handicapés qui font partie des communautés ethniques et minoritaires, les adolescents handicapés et les individus handicapés vivant dans les institutions, sont particulièrement à risque;
  • Les programmes d’éducation, de tests et de traitement de la séropositivité et du SIDA sont largement inaccessibles aux individus handicapés.

 

 

Selon Heumann, ces résultats préliminaires des études de Yale et de la Banque Mondiale démontrent que les personnes handicapées peuvent et devraient être intégrées dans tous les programmes et les services séropositivité/SIDA.  Une grande partie de ce travail peut être effectué avec très peu ou même aucun frais supplémentaire; d’autres programmes nécessitent quelques légères modifications pour devenir considérablement plus intégrants.  Des mesures ciblées sur les handicaps seront aussi nécessaires pour atteindre quelque uns des sous-groupes au sein de la population.  Elles peuvent être justifiées par le biais du développement économique ainsi que par le biais des droits humains.  Un modèle d’intervention en trois étapes est proposé pour faire en sorte que les personnes handicapées seront touchées par les programmes séropositivité/SIDA.  Des recherches étendues, et des programmes cliniques et éducatifs augmentés sont fortement encouragés.

 

Si vous êtes intéressés et voulez-vous joindre à cet effort, veuillez contacter Dr. Groce a : Nora.Groce@yale.edu.  Pour plus d’information sur la Banque Mondiale et les handicaps allez à: www.worldbank.org/disability.

 

Extraits reproduits avec la permission de la Banque Mondiale

 

PAGE 9

 

Il est temps de répondre aux besois des enfants handicapés

 

Extrait de Africa News, 7 Janvier, 2004.

 

L’année 2004 devrait être décrite par les gouvernments nationaux à travers le continent africain comme étant l’année de rédaction des lois qui garantissent le droit des enfants handicapés à une éducation equitable, ainsi que l’année où l’on va finalement mettre en pratique les politiques qui changeront les choses dans les salles de classes.

 

La nécessité d’ un effort collectif de cette ampleur ne fut jamais plus grande, comme en témoignent les réalités auxquelles ce groupe d’enfant oublié, souvent abandonné, exclu et victime de discrimination doit faire face.  Cependant, alors que presque toutes les 54 nations africaines ont exprimé, sur papier, leur engagement vis à vis des objectifs d’une Education Pour Tous (EPT) en 2015, et en particulier pour les filles, très peu de pays ont des lois et des politiques effectives qui permettent l’allocation des ressources indispensables pour l’éducation des enfants handicapés dans des salles de classe normales.

 

Selon les données les plus récentes, par exemple, on peut compter sur les doigts d’une main les pays qui ont des mesures législatives et des politiques effectives focalisées sur les besoins spécifiques des enfants handicapés, même lorsque ceux-ci sont dans des lieux spécialisés.  L’Algérie, le Cap Vert, la Tanzanie, et la République démocratique du Congo (DRC) ont des lois qui définissent les domaines des handicaps et qui décrivent les conditions et les maniéres dont les enfants handicapés doivent être éduqués.

 

Cependant, d’autres pays se reposent encore sur une législation dans le domaine de l’éducation qui mentionne à peine l’éducation des enfants handicapés .  De plus, les politiques qui mentionnent les besoins éducatifs spécifiques sont souvent vagues et n’indiquent pas la marche à suivre ou quelles ressources doivent être allouées pour les tâches à accomplir.

 

Par conséquent, l’éducation des enfants handicapés est laissée au bon vouloir des organisations non-gouvernementales, aux organisations caritatives d’autres pays et aux familles.

 

Malheureusement, les familles n’ont souvent pas les ressources nécessaires pour offrir une éducation à tous les enfants, alors ils privilégient les enfants qui ne sont pas handicapés et laissent les autres se débrouiller tout seuls.  Livrés à eux mêmes, les enfants handicapés font face à des obstacles insurmontables tels que la discrimination enracinée dans l’ignorance, exercée contre eux par le reste de la société.  Cependant, il y a de nombreuses raisons pour mettrel’intégration des enfants handicapés au sommet de la liste des priorités nationales cettte année.

 

Tout d’abord, il y a 13 ans que l’Education pour Tous, une initiative de l’UNESCO lancée à la conférence de Jomtien en Thaïlande, 9 ans que la Déclaration de Salamanque fut rédigée en Espagne, et trois ans que les principes affirmés à Jomtien furent réaffirmés au Forum Mondial de l’Eduation à Dakar, au Sénégal en Avril 2000.

 

L’un des six objectifs adoptés à Dakar affirmait que: “l’intégration des enfants ayant des besoins spéciaux, de ceux provenant des minorités ethniques et des population migrantes, ceux provenant de communautés lointaines et isolées et des taudis des villes, ainsi que tous ceux qui sont exclus du système éducatif, doivent être considérés comme faisant partie intégrante des stratégies pour réaliser l’Education Primaire Universelle (EPU) en 2015.”  En d’autres termes, Dakar, comme toutes les conférences précédentes, reconnait qu’une société ne peut progresser que lorsque des mesures sont prises pour le bien être et la contribution des personnes handicapées.

 

Commentaire photo:  Enfants handicapés au Nigéria

 

PAGE 10

 

L’Education qui intègre: Le Cas de l’Ouganda

 

Par Kisten Kristensen, Psychologue, Consultante pour l’Education, le Développement et les Besoins Spéciaux.

Kurt Kristensen, Médecin, Consultant pour l’Education, le Développement et les Besoins Spéciaux.

Negris Onen, Agent de l’Education Principale, Ministère de l’Education et des Sports.

 

Les Progrès vers une Education pour Tous

 

L’éducation pour ceux qui ont des difficultés à apprendre et à se développer, dont les handicapés, a connu des changements majeurs pendant les dix dernières années dans certains pays d’Afrique.  Les changements n’ont pas seulement contribué à améliorer et à enrichir la vie des enfants handicapés, ils ont également intensifié les expériences d’apprentissage de tous les enfants.

 

Dans les dernières années, des tentatives ont été faites en Ouganda pour rendre l’éducation accessible à TOUS les élèves.  Afin que le système éducatif promeuve un apprentissage efficace pour TOUS ceux qui apprennent, dont les personnes handicapées, il est impératif que le système soit bien structuré et mis en place dans un environnement scolaire qui intègre.  Actuellement, des services s’adressant aux besoins spéciaux et des services de soutien établis en Ouganda répondent aux besoins de presque toutes les personnes ayant des difficultés à apprendre et de développement qui viennent pour apprendre quelles que soient la nature de ces difficultés.  Quelques rares exceptions persistent: ceux qui ont des handicaps sévères et les non-entendants.

 

Travailler au niveau départemental et au niveau national

 

Le programme d’éducation pour les élèves ayant des besoins spéciaux est intégral au budget, aux structures administratives et aux processus de planification du Ministère de l’Education et des Sports (MES) de l’Ouganda, que ce soit au niveau départemental ou au niveau national.  Au niveau national, l’éducation qui intégre les besoins spéciaux est décentralisée vers les départements.  Seule la direction technique et administrative reste sous la responsibilité du Commissaire responsable de l’éducation qui intègre les besoins spéciaux du bureau central du MES.

 

Au niveau des départements,  l’éducation des élèves ayant des besoins spéciaux est sous la responsabilité de l’Officier de l’Education des Districts.  Chacun des 56 départements en Ouganda comprend un bureau pour l’éducation qui intègre les besoins spéciaux  (Education qui intègre les Besoins Spéciaux/Evaluation des Services Educatifs et des Ressources), qui fait partie intégrale du bureau de l’éducation de chaque département.  Au sein de chaque département, trois enseignants formés spécialement en tant qu’Inspecteurs Assistants des Ecoles sont responsables de l’éducation qui prend en compte les besoins spéciaux.  Les principales responsabilités  de ce personnel sont la planification et la supervision des services liés aux besoins spéciaux dans les départements, ainsi que la promotion d’une meilleure compréhension parmi les enseignants, les communautés, les directeurs locaux, et les parents de ce que signifient une éducation qui prend en compte les besoins particuliers et une meilleure intégration.

 

Pour faire en sorte que tous les élèves ayant des besoins particuliers aient une éducation pertinente et de haute qualité dans un environnement educatif intégrant, les 13 000 écoles d’Ouganda furent réunies en groupes de 15 à 20 écoles.  Chaque groupe a un Coordinateur d’Education comprenant les Besoins Particuliers (CEBP) qui, en plus de ses reponsabilités en classe, doit aller voir régulièrement les autres écoles appartenant à son groupe et offrir ses conseils sur la manière d’enseigner au mieux les élèves ayant des besoins particuliers.  Ceci est effectué en collaboration étroite avec les parents des enfants handicapés et avec les autorités nationales telles que le Ministrère de la Santé, et le Ministère de la Femme, du Travail et des Services Sociaux.  A présent, seuls quelques CEBP ont obtenu un diplôme d’éducation comprenant les besoins particuliers.  La plupart d’entre eux sont passés par le processus de formation de trois mois qui leur a permi d’obtenir un certificat en éducation comprenant les besoins particuliers et facilitant l’intégration, d’autres font partie de l’Institut National pour l’Education Spéciale de l”Ouganda (INESO) et d’enseignement à distance.  Le MES a également un programme considérable qui consiste en cours de courte durée.

 

Commentaire photo:  Un enseignant du Bostwana aide un garcon aveugle à apprendre à lire le Braille

 

(Suite page suivante)


PAGE 11

 

Pour faire en sorte que tous les élèves ayant des besoins particuliers soient pris en charge, le MES a décidé d’assigner la responsabilité de l’éducation comprenant les besoins spéciaux et l’intégration un enseignant par école.  Les enseignants désignés font cours dans les salles de classe normales, et ils doivent également aider les enseignants qui ont des élèves ayant des besoins particuliers dans leurs classes.  Un programme de formation intensif pour ces enseignants est actuellement en cours.

 

Chaque pays souhaitant introduire un système d’éducation intégratif pour tous y compris ceux qui ont besoin d’équipement et de services adaptés à leurs handicaps, doit mettre en place une structure administrative bien plannifiée au Ministère de l’Education ainsi qu’un système d’assistance locale bien structuré qui puisse aider TOUS les élèves dans un système scolaire intégratif.  C’est la qualité du système de soutien qui déterminera l’ampleur des résultats que nous pouvons obtenir par l’éducation qui intègre en Afrique.

 

Références

Kristensen Kurt (2002).  Est-ce que la perspective scandinave sur l’Education intégrative peut être mise en place dans les pays en voie de développement? 

 

 

 

 

 

Intégrer les enfants handicapés en Afrique du Sud: Un regard porté aux services et aux ressources

 

Par Barbara Kolucki, Spécialiste des Enfants Handicapés et des Médias

 

En Afrique du Sud on répond aux besoins des enfants handicapés de plusieurs manières, à la fois uniques et pratiques.  En Afrique du Sud, ca n’ est pas seulement le gouvernement qui est engagé vis à vis de l’éducation et de l’intégration des enfants handicapés, un nombre croissant d’organisation non-gouvernementales (NGO) et d’organisme de presse répondent au problèmes auxquels font face les familles, les écoles et les communautés.  Cet article décrit quelques unes de ces activités innovatrices, ainsi que les produits utilisés et les médias.

 

La Formation et les Ressources dans l’Education des Très Jeunes

La Formation et les Ressources dans l’Education des Très Jeunes (FRETJ) a une longue expérience qui s’étend des années de l’apartheid jusqu’a aujourd’hui.  Elle est basée dans la province de Kwazulu-Natal (KZN) mais son impact s’étend dans tout le pays.  Elle apporte son savoir-faire aux personnes vivant dans les régions les plus éloignées et aux personnes qui en ont le plus besoin.  Elle fabrique des jouets éducatifs et du matériel de jeu très simple et peu coûteux.  Par ailleurs, elle produit et distribue du matériel scolaire pour ceux qui s’occupent d’enfants qui savent encore peu lire ou d’enfants handicapés.

 

Un de ces livrets s’appelle “Activities for Children with Disabilities.”  Le texte est de Lee Hurrell et les illustrations sont de Jane Mqamelo.  Ce livret permet de démystifier le travail avec les enfants handicapés tout en offrant des suggestions pratiques simples pour ceux qui sont déjà débordés de travail.   Une des recommandations figurant dans ce livret par exemple: “demandez-vous toujours si l’aide que vous pouvez apporter pour réaliser une activité contribue à améliorer la comprehension de l’enfant, et si votre aide est vraiment nécessaire.”

(suite page suivante)


PAGE 12

 

Il y a une section pour des domaines divers de handicaps:  les retards légers de développement; les handicaps de compréhension sévères; les handicaps physiques; les handicaps de l’ouïe, les handicaps de la vue, les difficultés émotionnelles (retrait sur soi ou hyperactivité).  A chaque forme de handicap correspondent des signes, des mot-clefs à se remémorer quand on travaille avec un enfant qui a une forme spécifique de handicap, et des techniques qui ont fait leurs preuves.

 

Pour plus d’information sur (FRETJ, en Anglais TREE) et sur leurs matériels éducatifs, aller à: http://www.tree-ecd.co.za/tree.htm.

 

L’Unité de Ressources pour l’Education des Très Jeunes

 

L’Unité de Ressources pour l’Education des Très Jeunes (URETJ, en anglais ELRU) est basée à Cape Town, en Afrique du Sud.  Elle est réputée et respectée pour ses projets contre les préjugés qui aident les enfants à apprendre les uns des autres, à vivre ensemble et à se respecter mutuellement.

 

Un des meilleurs livres et l’un des plus simples  qui soient sur la rencontre entre un enfant handicapé et d’autres enfants est celui publié par ELRU “A l’école, et si…”

Écrit et concu par Reviva Schermbrucker en 2003.  Cest un livre d’histoire raconté en photo avec un texte très simple.  Une petite fille, Ncebakazi, commence l’école.  On voit sur une des photos qu’elle a utilisé des equerres.  Sur les autres photos elle écrit son nom sur ses nouveaux livres et sur son cartable, elle prépare son matériel scolaire, elle regarde sa mère coudre l’ourlet de son uniforme.  Plus tard elle demande, “Et si la maitresse crie tout le temps?” en imaginant une institutrice à cinq têtes dans un dessin animé!  Ensuite elle demande “Et si les enfants rient de moi?” Et elle rit avec sa mère en imaginant un autre dessin animé où elle et tous les enfants rient ensemble “tellement que nos dents jaillissent de nos bouches!  Et une de mes préférées est quand elle s’inquiète de ne pas pouvoir aller aux toilettes à temps parce qu’elle ne peut pas marcher ou parce qu’elle ne peut pas marcher our courir assez vite.  Cette fois, Ncebakazi imagine que le lieu parfait serait une école ou il y aurait des toilettes partout!

 

Quand Ncebakazi va vraiment à l’école, elle découvre que toutes les choses dont elle avait peur se passent finalement très bien.  L’institutrice parle avec les autres enfants de son handicap, l’école fait quelques aménagements simples pour qu’il n’y ait qu’une marche à franchir, elle trouve de nouveaux amis et apprend de nouvelles choses dont le fait que l’école peut être très amusante!

 

Un autre livre excellent publié par ELRU a pour titre, “Un livre de bienvenue: Une guide pour aider les enseignants à faire participer les enfants handicapés dans la classe” par Laetitia Brummer.  147 pages c’est un peu moins facile à lire.  Mais il y a des dessins animés et des symboles pour aider les lecteurs de différentes manières.  Les cas sont inspirés de vraies personnes—certaines handicapées, d’autres non.  En plus, le livre décrit les besoins des enfants ainsi que ceux des enseignants— une chose qui n’est pas fréquente. 

 

ELRU travaille beaucoup dans le domaine de l’éducation des tous petits, et c’est pourquoi elle insiste qu’il faut commencer par le commencement.  ELRU offre son assistance dans le domaine de la rééducation et des services communautaires dans un pays où la majorité des gens vit dans des communautés rurales.   Il y a de nombreux exemples d’assistance peu coûteuse (bien que certains enseignants peuvent se demander comment s’y prendre pour les réaliser) dont retourner des chaines à l’envers pour constituer un support pour un enfant atteint de maladie cérébrale et d’autres problèmes physiques.

 

Contactez ELRU a : http://www.elru.co.za/home.asp pour plus d’information sur les programmes et les publications.

 

Le Centre du Rayon de Soleil

 

Le Centre du Rayon de Soleil est une des rares organisations créée pour répondre aux besoins d’intervention precoces vis à vis des enfants intellectuellement handicapés ou dont le développement est retardé.  Ils ont quatre projets d’intervention précoce dans la région de Johannesburg, dont la municipalité de Soweto.  Ils offrent une formation pour travailler avec les enfants ainsi qu’une bibliothèque de jouets.

 

(suite page suivante)


Page 13

 

La majorité des personnes auxquelles le centre s’adresse viennent des régions pauvres et rurales de la communauté.  Pour répondre aux besoins spécifiques de ces familles, le Centre du Rayon de Soleil a élaboré des matériaux d’intervention à la maison— la première initiative de ce type dans le pays.  Maria Longley, la Directrice de l’Association  du Rayon de Soleil, déclare que ce programme à distance est en train d’être supervisé.  En plus de visites destinées à motiver les familles, les membres de l’association sont aussi en contact avec des membres du gouvernement et autres organisations non-gouvernementales, ils utilisent les médias pour élargir leur influence, et sont à présent en train d’explorer des moyens supplémentaires de travailler avec la communauté et avec la radio nationale.

 

La formation offerte par le Centre du Rayon de Soleil s’appelle COMMENCER Programme basé à la maison sur l’intervention précoce et comprend un guide pour les parents et des questionnaires pour permettre d’évaluer le niveau de fonctionnement de l’enfant en termes de développement moteur, d’expression et de comprehension du langage, de capacité cognitive et des activités quotidiennes.  Il ya des cassettes audio pour l’éducation à distance ainsi qu’un manuel avec de simples photographies et des descriptions d’activités avec les jeunes enfants.

 

La Corporation de Télévision Sud Africaine

La Corporation de Télévision Sud Africaine (CTSA en Anglais SABC) travaille en collaboration avec le Ministère de l’Education et l’Institut pour la Santé et le développement sur quelques initiatives visant à intégrer les enfants et les adultes handicapés dans leurs programmes.

 

Takalani Sesame est une co-production avec l’Atelier Sesame basé aux Etats Unis.  En plus des segments implicites ou explicites qui parlent des handicaps, un élément très important est leur programme d’influence, qui comprend des matériaux supplémentaires pour les membres des communautés.  L’objectif de ce programme est d’étendre l’utilisation et l’impact des seeries télévisées. Des enfants handicapés figurent sur les posters et les livres pour les très jeunes.

 

Dans un livret qui s’appelle “allez on bouge!” la marionnette Moshe pousse un petit garcon heureux et en bonne santé dans son fauteuil roulant, suivi par d’autres enfants et des marionnettes qui courent, qui jouent et qui “bougent”.  Sur un grand poster qui pourrait être utilisé dans une école primaire ou dans un centre communautaire, on voit une scène de communauté qui représente des couleurs variées, différentes religions, professions, ages et handicaps.  En plus des enfants et des adultes handicapés, un des personnages les plus populaires est Kami, une marionnette adorable qui est séropositive.  Dans un autre livret “Regardes moi” on voit des illustrations d’enfants qui peuvent faire beaucoup de choses pour s’aider eux mêmes et pour aider les autres.  Ceci comprend les enfants avec des handicaps temporaires ainsi que permanents. Tous ces matériaux sont en plusieurs langues (Anglais, Zulu, Africaans, Sesotho et Xhosa).

 

Soul Buddyz est une série très populaire pour les enfants plus agés, qui parle de problèmes difficiles ou délicats. La série a une équipe d’acteurs qui jouent une histoire dramatique, et qui aide les téléspectateurs à réfléchir sur des sujets tels que le racisme, la xénophobie, les difficultés scolaires, l’usage de la drogue, la séropositivité et le SIDA, la justice, etc.  Cette série télévisée a également un élément d’influence sur les communautés et de nombreuses publications pour les enfants, les enseignants, et les parents.  Dans un Guide pour les Parents, les lecteurs apprennent comment identifier diverses difficultés scolaires et de choses que les parents peuvent faire pour aider leurs enfants.  Il comprend aussi un message d’espoir—que les enfants ayant des difficultés scolaires peuvent réussir, si on les aide et si on leur prête assez attention, si on ne les compare pas avec les autres et si on les intègre.

 

Soul City est une série télévisée pour les adultes qui traite des sujets les plus pertinent et les plus sensibles d’Afrique du Sud.  On y a montré des handicapés, et des publications très intéressantes pour le public ont été tirés de cette série.  Une des livrets les plus utiles s’appelle “les droits des handicapés…sont des droits humains”.  Le livret parle de la valeur de chaque personne—en tant qu’être humain et en tant que membre de la communauté.  Il enseigne au gens les nouvelles terminologies plus appropriées et démystifie les handicaps.  Il comprend également des études de cas sur des personnes réelles (par contrast avec les super-héros) et une liste d’organisations et de ressources où les individus et leurs familles peuvent s’addresser lorsqu’ils sont en difficulté.  Le livret compred des images qu’on voit moins souvent—une mère ayant un seul bras et portant son bébé, un enfant dont le corps est défiguré, des personnes utilisant le langage des signes et des toute petites personnes.  Une des forces supplémentaires de ce livre est qu’il montre ouvertement et simplement les violences physiques, sexuelles et émotionnelles vis à vis des personnes handicapées.

 

Pour plus d’information su SABC et l’éducation, aller à: http://www.sabceducation.co.zal.

 

PAGE 14

 

Entreprendre en Ethiopie

 

Par Bob Ransom, Spécialiste des Handicaps, Département de développement du Savoir Faire.  Organisation internationale du Travail, Genève.

 

(Photo—Ayelu Basha Bedasa)<